Hôtel Philippoz

HÔTEL PHILIPPOZ, III - DÉTACHEMENT
LARA MORAIS (PT), ANE ØSTREM (NO), MARIJA SUJICA (SRB)
23-30-31.08.2014


(English below)
Depuis un an, l'ancien appartement de ma grand-mère a vécu d'importants changements. Les travaux de rénovation ont considérablement modifié l'espace qui contenait tant de souvenirs d'enfance. Le lent processus de transformation et la dure résignation à se séparer des traces qui me rappelaient ma grand-mère contribuent à un lent processus de deuil. Bien que la rénovation ne soit encore complètement terminée, le moment semblait opportun pour mettre les travaux en pause et s'accorder un instant de réflexion sur l'idée de détachement.

Les artistes Lara Morais, Ane Østrem et Marija Šujica ont résidé à l'Hôtel Philippoz durant deux semaines, du 18 au 31 août, le temps d'explorer la notion de distance et de créer des oeuvres in-situ.

En guise d'introduction, 17 personnes se sont réunies au soir du 23 août pour participer à un Café mortel animé par Rita Bonvin. Imaginés par l'ethnologue valaisan Bernard Crettaz, les cafés mortels sont des espaces ouverts à tous pour parler de la mort en toute simplicité, autour d'un verre. Dans la cuisine de l'Hôtel, au plafond bas, étaient disposés une table, des chaises, quelques bouquets de fleurs sauvages et des bougies (mais pas trop). C'est dans cette pièce que ma grand-mère vous recevait, vous asseyait à sa table avec une tasse de café et quelques biscuits pour vous parler de la météo, de ses maux de dos et de ses amours. Après une courte présentation du projet par mes soins et une introduction aux cafés mortels par Rita – notamment les règles inhérentes à ces rassemblements : « parler de sa propre expérience, rester à l'écoute, ne pas juger, ne pas donner de conseils » - les participants ont partagé leurs expériences sur la mort de manière libre et organique. Certains voulaient simplement partager leur histoire, d'autres avaient besoin d'exprimer un sentiment étouffé, d'autres encore n'ont fait qu'écouter. Est-ce pour l'ambiance intimiste que dégage la pièce, est-ce pour l'aura particulière de l'endroit – selon certains participants -, la discussion a pris des chemins très profonds, très intenses et émouvants. Après une heure et demie d'échanges, nous avons partagé ensemble quelque chose à boire et à manger pour « revenir à la vie ».

L'installation « Du dehors au dedans. On ne voit plus celle qui regardait. On regarde celle qui regardait, plus tard. » de Lara Morais et Marija Sujica a investi le salon de l'Hôtel Philippoz dans sa totalité. Scotchés aux murs, au plafond et au sol, une série de mots écrits sur des feuilles de carton A3. Ces mots provenaient de textes écrits par les artistes. Chacun de ces textes décrivent la pièce à des instants différents de son histoire : Marija s'est basée sur des images vidéos prises dans l'appartement après le départ de ma grand-mère, alors que Lara s'est attardée sur la condition actuelle du lieu. Le texte de Maria décrit les objets qui peuplaient autrefois le salon et l'absence de leur propriétaire ; le texte de Lara détaille les matériaux présents au moment de l'écriture dans le lieu, ainsi que le répertoire de gestes utilisés durant la rénovation. Les mots ont ensuite été isolés et éparpillés sur les murs, formant une espèce de cave dans laquelle la description des états passé et présent de la pièce se fondaient dans une nouvelle condition indéfinie. Ce « non-lieu » inondait les spectateurs de mots familiers qu'ils pouvaient aisément relier aux différents états du salon, tout en leur laissant l'opportunité de créer et de projeter un sens et une histoire propres dans l'espace. Le dimanche 31 août, Lara et Marija ont réalisé une performance, dans laquelle elles ont retiré uns-à-uns les mots des parois, révélant ainsi l'état actuel de l'espace.

Ane Østrem a quant-à-elle rempli l'Hôtel Philippoz de ses petites œuvres poétiques : dans la cuisine, les visiteurs pouvaient consulter les pages du journal qu'Ane a tenu durant son séjour à l'Hôtel Philippoz. Les 24 pages scotchées au mur contenaient des dessins, des photos, ainsi que des textes en français, en anglais et en norvégien. Comme des instantanés, ces « Lettres du Valais » traduisaient l'expérience d'Ane dans le lieu. Sur un petit écran collé au mur de la salle de bains se trouvait aussi une vidéo d'oiseaux en vol ; dans la petite chambre à coucher, c'est la petite photographie d'une montagne de Norvège qui était projetée la tête-en-bas sur un pilier en bois. A l'étage inférieur, une vidéo était projetée en grand sur le mur, dans laquelle Ane et moi réalisons une chorégraphie de claquettes dans les montagnes norvégiennes.
Le samedi 30 août, Ane a également réalisé une performance avec la lecture de son texte « Adieu Pierrette ». Ce texte autobiographique en français mélange différentes voix : aux souvenirs d'enfance se mêle son séjour à l'Hôtel Philippoz, où la difficulté de communication avec ma famille fait ressurgir le traumatisme de la langue française, initié par l'affreuse professeur Pierrette.
Chacun des travaux d'Ane offrait donc un point de vue différent et toujours poétique sur la notion de détachement, entre nostalgie, tristesse, peur, lâcher-prise et humour.

Comme pour les deux premiers événements, le public s'est réuni pour un « goûter-vernissage » amical et détendu, agrémenté des délicieux gâteaux préparés par les voisins… et pour la première fois, sous le soleil !
Le cycle de résidences de l'Hôtel Philippoz est maintenant terminé et les travaux de rénovation touchent progressivement à leur fin. La prochaine étape du projet prendra la forme d'une édition, qui rassemblera les travaux réalisés par les artistes, quelques contribution personnelles, les photos de la rénovation, ainsi que des textes théoriques. Rendez-vous à la fin 2015 !


- Eric Philippoz, octobre 2014 -

'Letters from Valais' : drawings, texts and pictures by Ane Østrem - Photo : Céline Ribordy 'To the outside, inside. The one who was watching, not being seen. The one who was watching, taken to be watched after.' : installation by Marija Sujica and Lara Morais - Photo : Céline Ribordy 'To the outside, inside. The one who was watching, not being seen. The one who was watching, taken to be watched after.' : installation by Marija Sujica and Lara Morais - Photo : Céline Ribordy Video by Ane Østrem and Eric Philippoz - Photo : Céline Ribordy
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HÔTEL PHILIPPOZ, III - DÉTACHEMENT
LARA MORAIS (PT), ANE ØSTREM (NO), MARIJA SUJICA (SRB)
23-30-31.08.2014


Over the last year, the flat where my grandmother spent most of her life undertook radical changes. Modifying the environment that still kept her traces paralleled, on a personal level, the process of mourning her. Even though the renovation process isn't completed yet, it felt accurate to take a break in the works in August 2014 and reflect on the idea of detachment. Artists Lara Morais, Ane Østrem and Marija Šujica resided at Hôtel Philippoz for two weeks – from August 18 till August 31 - and engaged with the notion of distance.

As an introduction, 17 people gathered at Hôtel Philippoz on Saturday the 23rd of August, in the evening, to attend a "Death café" led by Rita Bonvin. Initiated by Swiss sociologist and ethnologist Bernard Crettaz, Death cafés are intended as local and ephemeral spaces where anyone can freely share their experiences and concerns about death. Hôtel Philippoz' kitchen, a room with low dark brown wooden ceiling, hosted us in a very simple setting made of tables, chairs, flowers and candles (but not too many). In her kitchen, my grandmother would have you sitting at her table with a cup of coffee and a couple of biscuits for a chitchat over the weather and her back problems, that could switch to deep discussions about the mysterious labyrinths of love. After a short word on the project and Rita's introduction to Death cafés, including the fundamental rules of the gathering – "talk about your own experience, listen to other people's stories, don't judge what others say, don't give any advice" –, the participants shared their experience of death in a very organic way. Some people simply wanted to share their story, others needed to express a repressed feeling, others just listened. Perhaps for the intimate feeling of the room, perhaps for the particular aura of the place - according to some participants -, the discussion went through very deep and moving paths; after an hour and a half of intense talks, we all shared drinks and food to "get back to life".

Lara Morais' and Marija Sujica's work "To the outside, inside. The one who was watching, not being seen. The one who was watching, taken to be watched after." overtook the living room of Hôtel Philippoz. On A3 cardboard sheets, the artists wrote a series of words that came from two texts they wrote about the room : Marija's text, based on video footage I shot when my grandmother left the flat, described the objects populating the living room back then and the absence of their owner; Lara's text, on the other hand, detailed the materials present in the space today and the gestures performed during the renovation works. The words were later isolated, mixed up and spread out onto the walls, ceiling and floor of the living room, creating a cave where the former and present states of the space blended into a new an indefinite condition. In this "non-space", viewers found themselves surrounded and overwhelmed by a multitude of words they could easily link to the different historical states of the living room, allowing them nevertheless to engage with these words and create their own story from them. On Sunday the 31st of August, Lara and Marija removed the words from the walls one by one in a performance, revealing the actual state of the space.

Ane Østrem filled Hôtel Philippoz with small poetic works: the diary she kept during the residency was displayed in the kitchen. 24 pages were taped on the wall and showed pictures, drawings and texts in French, English and Norwegian. These "Letters from Valais" acted like snapshots of Ane's experience of the place. In the bathroom, a small screen glued to the wall showed a video of birds flying; in the little bedroom, a small picture of Norwegian mountains was beamed upside-down on a wooden pillar. Downstairs, a large screening showed a video of Ane and I performing a tap-dance routine in the Norwegian mountains.
On Saturday the 30th of August, Ane performed her text "Adieu Pierrette", an autobiographical text in which different narratives mingle : childhood memories interweave with her stay at Hôtel Philippoz; the difficulty to communicate in French with my family revives the trauma of the language caused by her awful teacher Pierrette; and the attempt to write a text is countered by the fear to perform in French.
Each of them different in tone but poetic in a similar way, Ane's works offered different entry points to the notion of detachment, between nostalgia, sadness, fear, letting-go and humor.

As for the past events, the audience gathered for a friendly opening with delicious cakes baked by the neighbors… and for the first time weather was on our side! The residencies at Hôtel Philippoz are now over and the renovation works are slowly reaching to an end. The next step of the project will take the form of a publication, that will gather the artists' works, personal contributions, pictures of the renovation works and theoretical texts… probably at the end of 2015. Keep in touch!


- Eric Philippoz, October 2014 -